La nouvelle catéchèse de l’extrême-droite : le nazisme fut socialisme

Toujours à l’affut de nouvelles clefs pour se dédouaner de leur lourd héritage politique, les bricoleurs de l’extrême-droite distillent en leur milieu des trousses de prêt-à-penser pour le terreau fertile de l’inculture historique.

Entre deux plats et un verre de vin lors d’un grand dîner, votre voisin de droite, vous lâchera au beau milieu d’une conversation jusque-là bon enfant, que de toute façon le nazisme était socialiste. Voilà, tout est dit ! Vrai le nom du parti hitlérien était bien le « National Socialisme » ou Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, voilà donc la preuve irréfutable que le nazisme était de gauche ! Relevez la tête bonnes gens, vous êtes dans la bonne mouvance, ce sont les socialistes et communistes qui devront désormais gérer l’héritage très lourd du nazisme européen !

Voilà, la « droite » est dédouanée : les bonnes gens de l’extrême-droite parlent toujours de droite quand ils parlent d’eux-mêmes, ça va de soi. Regardons d’un peu plus près ce gazpacho intellectuel.

Tout d’abord, examinons l’avis d’un spécialiste du nazisme. Joachim Fest, historien allemand du nazisme vous dira sans hésiter que cette théorie n’est que « prestidigitation ». Il explique que l’idéologie nazie s’appropria le terme « socialiste » pour des raisons tactiques : recruter un maximum de travailleurs et d’ouvriers au sein d’un mouvement nationaliste, conservateur, traditionnaliste et racialiste. Dès leur accession au pouvoir, le parti Nazi interdit tous les partis de gauche, dont le SDP ou parti Social-démocrate et envoya les chefs de file dans des camps de concentration.  Il y a un fossé entre l’appellation « national socialisme » et la politique pratiquée par ce parti. Devoir en faire le rappel est inquiétant, choquant et plus que navrant.

Votre interlocuteur, ayant bien préparé sa catéchèse vous lâchera ensuite que de toute façon la gauche vota massivement les pleins pouvoirs à Pétain et que les collaborateurs étaient bien plus de gauche que de droite. Voilà rien que ça. Alors détricotons. Certes, dans la débandade la plus complète de la IIIe République, il y a eu des élus de gauche qui ont voté les plein pouvoirs à Pétain, mais c’est oublier les 80 qui ont voté contre ! Alors qu’à droite un seul député avait voté contre. On vous rétorquera que Pierre Laval venait de la gauche ce qui est vrai, mais comme beaucoup qui ont dérivé politiquement, on ne peut en dire autant de Henriot, Darlan, Darnan ou de Pellepoix. Cessons de mettre en exergue les poissons volants qui ne constituent pas la majorité de l’espèce. Personne ne peut en toute honnêteté caractériser le Régime de Vichy de gauche, il n’y que quelques hurluberlus cherchant à dédouaner la droite extrême de sa responsabilité partagée qui peuvent tenir de tels propos révisionnistes.

Si Vichy était de gauche et Adolf Hilter un socialiste, quid de Benito Mussolini, Francisco Franco, António de Oliveira Salazar ? Le ridicule ne tuant pas, ce plat d’immondices sera servi régulièrement par celles et ceux qui souhaitent installer dans le terreau de l’inculture cette nouvelle catéchèse.


Pour en savoir plus :

En anglais sur le « National Socialisme »

 

Sur les pleins pouvoirs à Pétain, Vichy et la collaboration

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