De l’inculture scientifique en politique et les défenseurs de l’homéopathie

Le déremboursement des substances homéopathiques aura révélé au grand jour une immense inculture scientifique de la classe politique. Députés, sénateurs, eurodéputés, présidents de région, ténors de partis politiques – ils ont été nombreux à illustrer une profonde méconnaissance du domaine scientifique ou dans le pire des cas, un penchant pour la démagogie populiste à petit frais.

Pourtant, en France, on vous cloue au pilori si vous n’avez pas lu le dernier livre de Michel Houellebecq, d’Elena Ferrante ou Michel Onfray. Il faut faire preuve d’un penchant littéraire pour être respecté par les intellectuels. D’ailleurs, piqué dans son amour propre pour avoir effectué une série de bourdes, de « Barthesse » à « 1793 », l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy n’avait-il pas inventé un « jardin secret » rempli de livres de Stendhal, Levi-Strauss, Jules Verne ?

En revanche, ne rien comprendre aux fondements de la méthode scientifique n’est pas socialement pénalisant. Au contraire, au pays des jacqueries et des révolutions, même la science n’échappe à la médisance collective. Elle est sans conscience, la presse qui en traite le fait de manière contradictoire, cette même science est noyautée par des intérêts obscurs, elle est l’incarnation même du positivisme et du scientisme qu’il faut rejeter par tous les moyens. Et au fond, la science n’est-elle pas qu’une construction sociale ?! Nous voilà dans la profondeur abyssale de l’inanité intellectuelle.

Est-ce pour cela que certains élus ont pris position sur le déremboursement de l’homéopathie ? Au nom de la « liberté de choix » disent-ils, comme si dans le domaine scientifique on pouvait choisir sa vérité, y appliquer le relativisme et l’a priori.

Or, dans le domaine scientifique, la connaissance se refait et se remet en cause en permanence à travers un processus où l’expérimentation est au cœur du savoir. Bien entendu, les détracteurs s’empareront de cas célèbres où les scientifiques – et non la science – ont failli. On crie volontiers au complot et au manipulations de « lobbys ». Dans le domaine médical, la variable humaine rend l’expérimentation très difficile, de toutes les sciences c’est la plus imparfaite, pourtant les progrès dans ce domaine ont été exponentiels depuis deux siècles. Qu’importe, l’irrationnel semble avoir gagné du terrain dans l’opinion, prenons pour preuve le militantisme anti-vaccinal directement responsable de la recrudescence de maladies graves qui avaient été pratiquement éradiquées.

Pour les analphabètes scientifiques, tout est bon pour défendre une pseudoscience qu’ils targueront très gentiment de « médecine alternative ». Il n’y a pas de « chimie alternative » où les atomes sont remplacés par des licornes, pas plus qu’une « astronomie alternative » où la lune est composée de gruyère, nul ne peut souscrire à l’existence d’une médecine soi-disant « alternative » tout en clamant que cette dernière ait le moindre fondement scientifique.

Pourtant, méconnaitre les fondements de la méthode scientifique ne semble pas d’une grande gravité au pays de Descartes. Il suffit d’argumenter par l’exemple : « j’ai essayé et j’ai constaté que ça fonctionnait ». Corréler ne signifie nullement qu’il y a une relation de causalité directe : trop de facteurs sont en jeu. C’est pour cette raison que l’affirmation suivante ne tient pas la route : « je n’ai jamais eu la peste noire depuis que je bois de l’eau gazeuse, donc l’eau gazeuse protège de la peste noire ». Arguer de l’efficacité d’une thérapie car « j’ai essayé » est l’erreur la plus fondamentale qui soit. Pire que « Barthesse ».

Avoir guéri d’une affliction quelconque n’est pas obligatoirement relié à votre consommation de sucre « magique ». L’homéopathie n’a strictement aucun fondement scientifique, ne peut s’expliquer par un processus métabolique, biochimique, biologique ou chimique connu. Aucune expérience ne peut en démontrer l’efficacité et j’insiste lourdement sur le mot expérience car nombreux seront ceux qui vous citeront des études qui ne peuvent en aucun cas différencier l’efficacité perçue d’un potion homéopathique d’un effet placebo.

Puis il y a ceux qui ont effectué « leurs propres recherches », insinuant que quelques heures passées sur un moteur de recherche suffit à remplacer dix ans d’études scientifiques ou médicales. Jamais, l’effet Dunning-Kruger aura été aussi répandu dans la sphère des médias sociaux. Pis, certains prodiguent des conseils de santé auprès de leurs proches, toujours prompts à vous conseiller telle ou telle huile essentielle.

Il va de soi que cette prise de position, qui puise dans les principes scientifiques et les connaissances biologiques acquises, ne sera ni populaire, ni même politiquement habile. Mais comprenez que je préfère de loin avoir raison, que d’être dans l’ère du temps. L’homéopathie fut inventée en à la fin du 18e siècle alors que l’on ne connaissait à peine 20 % des éléments du tableau périodique et repose sur la croyance qu’une très forte dilution peut magiquement retenir en solution des principes actifs alors qu’il y a de fait une absence totale de ces derniers.

Suffira-t-il de souligner que le plus grand laboratoire produisant ces substances consacre entre 0,4 et 0,5% de son chiffre d’affaire à la « recherche » alors que les laboratoires pharmaceutiques consacrent entre 10 et 15 % pour développer de nouvelles molécules actives ? Pourquoi consacrer aussi peu à la « recherche » ? Soit ces laboratoires sont épris d’une certitude quasi dogmatique, soit ils savent qu’au fond, il n’y a rien à trouver …

Le déremboursement de ces substances sans principe actif est un choix logique, courageux et rationnel.


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