De la « Soupe Louis XV » à « Without us, You’d be speaking German »

Petit inventaire des commentaires anti-français en Ontario.

Chers compatriotes, lors d’un déplacement en région, autour d’une conversation à bâtons rompus, une compatriote me confirma qu’elle aussi avait eu droit au « Without us, You’d be speaking German now ». En Ontario, les commentaires anti-Français sont rares, mais ne sont pas inexistants, c’est pour cela qu’ils sont d’autant plus violents.

La soupe « Louis XV ». Servie froide de préférence. A déglutir d’un trait.

Nos amis francophones ne sont pas épargnés par les préjugés anti-francophones, bien au contraire, ils en ont beaucoup souffert. Malgré tout, cela ne les empêche pas de nous servir de temps à autre, Françaises et Français en Ontario, la fameuse « Soupe Louis XV ». Froide, ce gazpacho reporte sur vous, nés entre 1920 et 1990, la responsabilité entière et totale des choix opérés par Louis dit le « Bien-Aimé », signataire du traité de Paris de 1763. Oui, c’est vous, qui êtes arrivé en PVT en 2002, en VIE  en 2015 ou immigré en 1973 qui étiez à la table de négociation et avez approuvé avec joie et allégresse l’abandon du Canada français à la « perfide Albion » de George III … En conséquence, vous devrez courber l’échine et demander pardon pour Louis, Choiseul, Voltaire et Mme de Pompadour, vos meilleurs amis d’enfance dans le neuf-trois.

Quant aux anglophones ontariens, vous aurez droit de temps à autre au « Without us, You’d be speaking German ». Voyez-vous, quand vous serez préposé dans un magasin de quincaillerie à Kingston, comprenez que vous ne pourrez exiger la moindre pause-café, car votre gérant de 43 ans est le principal responsable de la réussite du débarquement en Normandie en 1944. Sans lui et sa forme olympique bedonnante, la France serait encore occupée. Il cache bien son stress post-traumatique quand il vous raconte comment il repoussa la Wehrmacht à Bastogne.

Blague à part, tout commentaire de ce type, en milieu social, doit être taclé d’emblée :  répondez du tac-au-tac, ne vous laissez pas faire. Demandez à votre interlocuteur de 38 ans de vous montrer sa « Victoria Cross » de la 2e guerre, rappelez-lui que 100 000 soldats français sont morts avant l’occupation, contribuant au « miracle » de Dunkerque, que la France fut le 2e pays le plus bombardé pendant la guerre avec des pertes civiles très lourdes, demandez-lui si sa ville natale fut détruite pendant la guerre. Rappelez-lui que pour chaque soldat américain, britannique et canadien en Normandie, ce sont 20 soldats soviétiques qui sont tombés en luttant contre le même ennemi …

En revanche, au travail, il faudra vous défendre en utilisant les procédures existantes qui ont pour objet de lutter contre la xénophobie. Oui, le French-Bashing, c’est un exemple de xénophobie en milieu de travail. Hausser les épaules, rire nerveusement, ne fera qu’encourager ce type de comportement. À bon entendeur salut !

 

Commission ontarienne des droits de la personne
Le Code des droits de la personne de l’Ontario, le premier au Canada, a été adopté en 1962. Le Code interdit les actions qui constituent de la discrimination contre certaines personnes en fonction de l’un des motifs les protégeant dans un secteur social protégé.  Ces motifs incluent : l’ascendance, la citoyenneté, l’origine ethnique, le lieu d’origine, etc.

http://www.ohrc.on.ca/fr

 

 

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