Jame Burke, Connections

James Burke, historien des sciences et du progrès, a réalisé plusieurs séries consacrées à l’évolution scientifique et le progrès de la connaissance. N’ayant jamais été traduites ou doublées en Français, le public francophone n’a pas pu profiter de cette excellente série en 10 épisodes qu’est ‘Connections’.

Si vous comprenez l’anglais, je vous encourage vivement à voir cette série sur l’épistémologie et l’histoire du progrès scientifique.

La thèse principale de la série de James Burke est la nature chaotique du progrès et de la diffusion de la connaissance. Contrairement à ceux qui véhiculent une vision ordonnée et linéaire du progrès, Burke, par une série d’exemples choisis, démontre que la connaissance forme un réseau interconnecté et qu’une découverte dans un domaine peut avoir des conséquences dans des domaines inattendus.

Ayant découvert cette émission au début des années 90, j’ai été particulièrement interpellé par la conclusion de James Burke, dont la traduction approximative se lit comme suit :

« Au final, qu’avons nous appris sur l’évolution du monde actuel qui pourrait nous être utile ? Comprendre le mécanisme du changement, c’est avoir la clef du pourquoi du progrès. Autrefois, les premiers responsables du progrès étaient ceux qui avait un savoir, des artisans aux rois. De nos jours, ce sont les scientifiques et technologues qui possèdent le savoir, ce sont donc eux les seuls responsables du progrès.

Et avant que vous puissiez me dire « quid des Beethoven et des Michel-Ange », permettez-moi de vous proposer une vision des choses avec laquelle vous serez peut-être en désaccord profond : ceux qui contribuent aux arts, à la musique, la littérature, la politique et la philosophie, ces champs où règne l’émotion humaine, ne font qu’interpréter le monde autour d’eux. Ces œuvres en disent plus sur leurs auteurs respectifs que sur ce qu’ils observent. Ces interprétations secondaires du monde deviennent dans notre esprit des interprétations tertiaires. Comme ceci [Burke montre à l’écran des peinture célèbres].

Alors que ceci … [image de cristaux à travers un microscope]. Qu’en savez-vous? Ce sont des acides aminés. Ce sont les briques essentielles de la vie, qui servent à construire des vers, des géraniums ou vous. Une œuvre d’art est bien plus facile à comprendre, on y voit quelque chose de reconnaissable. On y voit du monde. La connaissance scientifique en revanche est difficile à saisir car elle retire les béquilles rassurantes de l’opinion, de l’idéologie et ne laisse que ce qui est parfaitement démontrable et vérifiable dans ce monde.  » – James Burke, Connections, 1978, Episode 10, Yesterday, Tomorrow and You.

Si ce discours vous interpelle, s’il vous choque, sachez que Burke vous parle du progrès scientifique, médical, technologique dont nous ne pouvons nier les contributions. En minimisant l’importance des arts et des sciences sociales dans le cadre du progrès, il ne cherche pas a polémiquer mais a nous faire comprendre la différence fondamentale qui existe entre la connaissance scientifique de la connaissance artistique et culturelle. Nier cette différence, c’est se mentir sur la vérité de choses.

L’accepter cet état de fait ne retirera en rien votre appréciation de la Symphonie espagnole de Lalo, d’une peinture de Dali ou une poésie de Pouchkine – il vous évitera de sombrer dans des idéologies bâtardes, de vous vautrer dans le relativisme ou d’adopter des idées vaseuses.

Pour en savoir plus (liens en anglais)

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