Souvenirs : le départ aux études

copiebacLors de la remise de mon examen de mathématiques ce matin de juin 1987, vingt-et-un coups de canons retentirent. Heureux hasard conséquent à la visite du monarque élyséen, la séance immuable du baccalauréat nous priva tous, étudiants, d’un moment néanmoins historique pour notre petite île grande comme un demi alexandrin. Mitterrand allait donc être contrait d’attendre notre venue en métropole s’il tenait vraiment à nous voir, chose aussi improbable qu’une note de 20 sur 20…

L’obtention du baccalauréat, condition sine qua non pour la poursuite des études, fut donc chose faite au printemps, il restait donc quelques semaines avant notre départ pour la France. En attendant le jour du départ, il ne restait donc qu’à passer quelques heures par jour à l’Agence Régionale du Tourisme pour faire un peu d’argent.

L’arrivée d’une lettre de l’université de Bordeaux chamboula les derniers jours de cet été sympathique. Cette missive me sommant d’être présent aux séances d’inscriptions dès les premiers jours de septembre, même si les cours ne commençaient que bien plus tard, soit vers la fin du mois. L’administration universitaire étant peu enclin à l’humanisme, voire la compréhension de ma situation particulière, je dus partir en catastrophe pour la métropole. Ainsi, mon billet me mena d’abord à Sydney au Cap Breton, en Nouvelle Ecosse. L’avion d’Air Saint-Pierre, un bimoteur à hélice, un Hawker Siddley, reste pour tout Saint-Pierrais, l’ultime espace où il ne règne le temps du vol, un atmosphère qui est celle du caillou. Une fois que l’on franchit le portique de ce coucou, c’est un monde sans pitié qui s’ouvre en face de vous. On a beau voyager en groupe, traverser l’Atlantique en équipe sur un vol d’Air France ou de British Airways, notre faible contigent, noyé dans la masse des passagers d’un Boeing ou d’un Airbus est évidente. Nous découvrons ainsi, malgré nous, les premiers échantillons de la solitude qui nous attend dans les huit prochains mois. Arrivé à Sydney, quelques éléments étrangers nous semblaient un peu familiers : dalles du plancher, rainures métalliques dessinant les limites de celles-ci, la signalétique très canadienne des lieux, des visages qui ne peuvent être qu’issus de ce coin du monde. Quelques iliens nous croisaient, ils retournaient à Saint-Pierre, veinards !

Le vol suivant me ramena sur Halifax, puis Saint-Jean de Terre-Neuve. Etrange détour géographique que ce début du périple, il était néanmoins plus direct que le sempiternel crochet que beaucoup effectuaient sur Montréal. Deux mille kilomètres de recul pour mieux enjamber l’Océan qui sépare le DOM-TOM le plus proche de la métropole qui n’a jamais pu profiter d’un lien aérien direct. Le soleil venait de se coucher, ou du moins il avait du disparaître au delà de l’horizon car le ciel gris d’ordinaire s’assombrissait rapidement.

Le trans-atlantique pour Londres nous mena l’espace d’une très courte nuit au-dessus des collines verdoyantes d’Irlande. Le soleil se levait donc en Europe. Je crus reconnaître quelques couloirs du labyrinthe de Heathrow. Cinq ans plus tôt, un voyage scolaire nous avait aussi imposé un court séjour londonien.

Ce fut alors le vol sur Paris, arrivée à Charles de Gaulle et transit obligatoire pour Orly par le périphérique. Nous remarquons les plaques d’immatriculation des voitures, les publicités. Tout nous semble nouveau, étranger. Nous n’étions pas dimanche, mais c’était triste Orly. Destination Bordeaux, les hôtesses craignant la maladie contagieuse, manipulaient nos cartes d’embarquement (de simples jetons en plastique numérotés) avec des gants en plastique.

Ainsi débuta un périple de quatre ans d’études, d’amitiés, d’aventures et de découvertes. Les études.

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